Maintien des surfaces de production
En Belgique, les surfaces dédiées à la production de plants de pomme de terre sont passées de 2 463 ha en 2019 à 1 847 ha en 2023, soit une chute de 25 % en seulement quatre ans. En Wallonie, ce recul a été encore plus marqué, avec une baisse de 1 182 ha à 872 ha sur la même période.
Cette érosion s'explique par plusieurs facteurs combinés : une rentabilité insuffisante face à la concurrence de la pomme de terre industrielle dont les prix ont été propulsés par la demande des usines, des risques techniques et sanitaires élevés, et un manque de revalorisation de l'activité de multiplication.
La pénurie de plants vécue au printemps 2024 a agi comme un signal d'alarme pour l'ensemble du secteur. En réaction, les surfaces ont augmenté en 2024, atteignant 992 ha en Wallonie (+14 %), réparties entre 26 producteurs. Mais la situation reste fragile : la production wallonne ne couvre aujourd'hui que 15 à 20 % des besoins locaux en plants de pommes de terre, le reste étant importé.
Pourtant, le plant certifié wallon dispose d'atouts considérables : stimulation de l'économie locale, réduction des transports, optimisation logistique, moindre risque phytosanitaire et relations commerciales de proximité. Renforcer la compétitivité du secteur passe par l'investissement dans la recherche et l'amélioration des pratiques — c'est précisément l'ambition d'Innoseed-Potato.
Le Virus Y
Le virus Y de la pomme de terre (PVY) est de loin la principale menace sanitaire pour les producteurs de plants. Transmis par au moins 65 espèces de pucerons, il altère le rendement et la qualité des tubercules, et entraîne des déclassements lors de la certification officielle.
En Belgique, entre 2017 et 2024, les déclassements ou refus de lots à la certification liés au PVY ont varié entre 5,9 % et 28,1 % des lots selon les années — le PVY étant responsable de plus de 95 % des cas. À l'échelle européenne, les pertes annuelles dues à ce virus sont estimées à 187 millions d'euros, dont 96 millions pour le seul secteur du plant.Moyens de lutte contre le PVYLe problème s'aggrave
Deux évolutions rendent la situation particulièrement préoccupante. D'une part, les insecticides disponibles pour lutter contre les pucerons se réduisent progressivement sous l'effet de la réglementation européenne, limitant les options de lutte chimique. D'autre part, des observations récentes montrent que certains lots infectés ne présentent plus de symptômes visibles au champ, compliquant l'épuration manuelle et suggérant une évolution des souches du PVY depuis la dernière étude réalisée en 2014.
Les seuils de certification
La production de plants est soumise à des normes phytosanitaires strictes. Les lots sont classés selon leur taux d'infection au PVY, avec des seuils maximums stricts :
- Pré-base : 0.5%
- Base : 2%
- Certifié-A : 6%
- Certifié-B : 10 %
Au-delà de 10 %, le lot est refusé à la certification. Chaque déclassement représente une perte économique directe pour le producteur.
Les moyens de lutte actuels
Le traitement aux huiles minérales reste le moyen le plus utilisé en Europe pour bloquer la transmission du PVY : l'huile forme un film sur les pièces buccales des pucerons, empêchant les particules virales de pénétrer dans les feuilles. Cependant, son efficacité varie fortement d'une année à l'autre, et les nouvelles feuilles en croissance restent non protégées, nécessitant des applications répétées.
Les insecticides
Le paillage constitue une alternative prometteuse : la paille crée un effet de confusion chez les pucerons ailés, réduisant leur atterrissage sur les parcelles. Des essais menés en Suisse ont montré une réduction de l'infection au PVY de plus de 20 % avec 2 tonnes de paille par hectare. Pourtant, cette technique reste peu utilisée en pratique, faute de données locales et de références adaptées au contexte wallon.
Les filets anti-insectes
C'est précisément ce manque que le projet Innoseed-Potato cherche à combler.
Les adventices dans la culture de la pomme de terre
Les adventices constituent l'un des stress biotiques les plus importants en culture de pomme de terre. En l'absence de contrôle efficace, elles peuvent entraîner des pertes de rendement allant jusqu'à 80 %, en entrant en compétition directe avec la culture pour la lumière, l'eau et les nutriments. Elles favorisent également la propagation de maladies et offrent un abri aux insectes nuisibles.
Aujourd'hui, la gestion des adventices repose principalement sur l'usage d'herbicides. Mais le panel de produits homologués se réduit année après année sous l'effet des politiques européennes de réduction des pesticides. Certaines matières actives très utilisées, comme la métribuzine, présentent par ailleurs des risques de phytotoxicité sur les variétés sensibles, ajoutant une contrainte supplémentaire pour les producteurs.
Les enquêtes le confirment
L'enquête menée auprès des producteurs wallons en amont du projet a clairement mis en évidence leur préoccupation face à cette évolution. S'ils reconnaissent l'intérêt de développer des pratiques alternatives, ils soulignent que ces dernières doivent impérativement prouver leur efficacité — garantir une terre propre — tout en restant économiquement viables.
Deux approches sont particulièrement prometteuses et font l'objet des essais Innoseed-Potato :
La combinaison du désherbage chimique ciblé sur le sommet de la butte et du travail mécanique sur les flancs a permis de réduire l'usage d'herbicides de 74 % lors d'essais préliminaires (projet Patat'Up, CRA-W 2022–2024). Des tests supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats dans différentes conditions et différents contextes de pression en adventices.
La pulvérisation ultra-localisée par capteurs (spot spraying) consiste à ne traiter que les zones réellement infestées, détectées en temps réel par un pulvérisateur intelligent. Cette technologie, déjà utilisée sur d'autres cultures, n'a pas encore été évaluée dans le contexte spécifique de la production de plants de pomme de terre.Comment Innoseed répond à ces défis?
En testant des pratiques alternatives sur deux saisons consécutives, dans des conditions réelles de production, le projet vise à fournir aux producteurs des recommandations concrètes, validées scientifiquement et directement applicables dès la saison 2027.